Les salons et manifestations 2026 (liste non définitive)


- 1 février 2026, salon du livre, Lixing les st Avold (57)
- 8 février, salon du livre et de la bd, Sérémange (57)
- 22 mars, après-midi, salon de Plappeville (57)
- 12 avril, salon du livre lorrain, Villers les Nancy (54)
- 10 mai, salon du livre Esca'page, Moyeuvre Grande (57)
- 28-31 mai, Imaginales d'Epinal (88) stand dans le parc Black Rabbit / Malpertuis
- 7 juin, salon du livre d'Abaucourt (54)
- 13-14 juin, festival 4H, Sarrebourg (54)
- 20-21 juin, salon du livre (fête médiévale) Toul (54)
- 5 juillet, salon du livre de Vannes le Châtel (54)
- 8-9 août, Fêtes des fifres, Bischwiller (67)
- 29 août, Village des contes, Rodemack (57) ANNULÉ
-
19-20 septembre, festival Etrange Grande, Hettange-Grande (57) en attente de confirmation

Nouveautés

 le Tome 2  de Entre lion et loup est là!



Quatrième de couverture:

 Les récents évènements en Araldée mettent la dynastie Dauricy en péril. L’existence d’Évi et de Lwan perturbe le fragile équilibre établi depuis des années. 
Pourtant, le roi Charles ne semble se préoccuper que du Duc, dans une lutte plus furieuse que jamais. Leur haine réciproque pourrait bien tout balayer, surtout quand d’anciens secrets remontent à la surface, prêts à éclairer l’histoire du royaume d’un jour nouveau et à bouleverser son avenir. 
Du monarque  absolu ou du sorcier soide, lequel poussera le jeu assez loin pour l’emporter ? 
Qu’adviendra-t-il de ceux qui, dans cette partie, sont cantonnés au rôle de pions ? Devront-ils être sacrifiés à la victoire ? À moins que ces pions ne soient pas vraiment ce qu’ils paraissent. 

Le 2e et dernier tome de la bande dessinée Les Princes sans terre est disponible sur ma boutique

Aussi disponible le tome 1 du roman Entre lion est loup. Découvrez l'Araldée version cape et épée dans un beau volume qui rappelle les livres d'époque

émission de radio Les plumes

J'ai été invitée sur la radio RCN à présenter mon roman, l'Ombre et le Pouvoir. J'y parle aussi un peu des autres œuvres qui prennent place en Araldée. Vous pouvez découvrir cet entretien en cliquant sur le bouton ci-dessous (émission du 13 mars) 

Et en ce moment, le prologue du premier tome du roman Entre lion et loup à lire gratuitement ci-dessous

 

Entre lion et loup

tome 1 L'innocent

Prologue

 

     Juché sur sa maigre jument baie, l'homme toisait les alentours avec une morgue de grand seigneur, une certitude pleine d'orgueil qu’il ne ressentait plus depuis longtemps. Mais il tenait à imposer cette image de lui-même, lui dont l'honneur se délitait au fil des années malgré ses efforts.

     Il parcourait son pays, ces terres arides et rudes où régnaient pauvreté et disette, depuis des mois en vain. Trouverait-il enfin l'épouse qui enraierait le destin tragique dans lequel sombrait sa lignée ? Seul un bon mariage pouvait encore sauver les vestiges fragiles d’un radieux passé.

     Le cavalier soupira. Il luttait sans espoir. Où dénicher une femme à la mesure de ses besoins dans ces lieux oubliés des dieux ? Les nobles, rares, y survivaient aussi misérablement que les gueux. Quant à la bourgeoisie, quoiqu'un peu plus aisée, elle n'avait pas les moyens d'offrir à ses filles des dots conséquentes. Ce serait tout de même un moindre mal, peut-être…

     Non ! La seule idée de se mésallier à une bourgeoise, enfant de commerçant ou d'homme de loi, le fit frissonner de dégoût. Il ne s'abaisserait pas à cela, pas avec le nom qu'il portait. Il résistait à son sort depuis trop d’années pour céder maintenant.

Pourtant, s'il ne trouvait pas très vite, tout serait perdu. Il vieillissait et les chances de prolonger son lignage s'amenuisaient d'inquiétante façon. De loin, avec son profil dur mais bien dessiné, sa belle stature, sa taille restée svelte, il gardait de la prestance, assez pour attirer d’admiratifs regards féminins. De près, il en allait autrement. Ses quarante-trois ans pesaient lourd sur ses épaules. Avec ses cheveux gris dont il cachait la chute sous son chapeau, son visage creusé de rides et son air fatigué, il en paraissait dix de plus. Il tentait pourtant de dissimuler sa misère et son âge par quelques artifices. Aussi ne quittait-il jamais sa demeure sans se vêtir d’un vieil habit de cour de velours vert-de-gris au large col de dentelle. Hélas, son feutre était trop déplumé, ses dentelles trop jaunies et son costume trop usé pour donner le change. Au lieu de lui rendre un peu de prestige, l’ensemble contribuait plutôt à lui conférer une apparence pitoyable.

     Perdu dans ses amères pensées, il faillit vider les étriers quand sa monture trébucha. Le pas lent et chaloupé de la jument se brisait à la moindre aspérité du terrain. Or, les pierres et les ornières ne manquaient pas sur les routes de cette contrée. Il se souvint combien, autrefois, il éprouvait de fierté à monter cette bête, ce qui renforça son aigreur. Elle appartenait pourtant à cette prestigieuse race venue d'Élanie, si prisée des puissants. Elle avait été belle jadis, à la fois réactive et endurante, destinée à parader ou à guerroyer. Son encolure rouée mettait alors son noble profil convexe en valeur, elle montait haut les jambes, comme consciente de son élégance, chacun de ses pas semblable à l’esquisse d’un envol. Elle faisait danser sa croupe ronde, telle une femme coquette déterminée à séduire les passants.

     Cette allure magnifique s’était étiolée au fil de ses vingt-trois printemps. À présent, elle portait son âge avancé avec résignation, triste miroir de son maître, peinant à marcher des heures durant sur des chemins mangés de fondrières. Son poil se clairsemait si bien qu’elle paraissait couverte d’un vieux manteau mité. Elle gardait juste la force de porter sa tête un peu lourde et n’eût d’ailleurs avancé que le nez à hauteur des genoux si son cavalier, d’une main ferme, ne l’avait contrainte à se redresser.

     Sans doute ne survivrait-elle pas à l'hiver tout proche, pensa-t-il avec une contrariété mêlée de désespoir.

     Il la pressa de l'éperon et la jument prit un petit trot décousu. Bientôt, les écuries seraient vides. Cet animal lamentable représentait son unique monture. Il ne possédait pas de quoi en acquérir une nouvelle.

     L'homme soupira de nouveau. Il se sentait las et seul. Il chevauchait depuis le matin et plusieurs lieues restaient encore à parcourir pour rentrer chez lui.

Il se demanda ce qu'il faisait là, sur cette route, à disperser ses maigres forces en une quête qu'il savait vaine. Jadis, dans sa jeunesse, il n'avait pas vu venir l'orage alors que celui-ci planait déjà sur lui. Il menait une vie de courtisan, aveugle à tout ce qui lui semblait désagréable. Plus tard, une fois la disgrâce devenue trop évidente, il avait continué à fermer les yeux, en espérant que passe la tempête. Il ne pouvait pas chuter, pas lui, pas avec son nom et le prestige de sa lignée. C'était impossible ! Il suffisait de patienter et les choses redeviendraient telles qu'elles n'eussent jamais dû cesser d'être. Ensuite, il s'était montré faible, avait courbé l'échine et subi sans révolte. Il n'arrivait tout simplement pas à y croire. Rien ne l'avait préparé à une si rude dégringolade.

     Depuis, il jouait son rôle de paria, incapable d'y rien changer, en faisant semblant de croire qu'il restait un espoir, que procréer redorerait son blason. Pour quel avenir résistait-il encore ? Il saisissait désormais l'irréversibilité du destin. Nulle épouse, même la plus noble, la plus riche, n'en modifierait plus le cours. Les dieux avaient décidé : l’avenir se jouerait sans lui, sans le nom ancien qu’il tentait de préserver.

Il faillit descendre de cheval, tout abandonner, parce que plus rien n'avait de sens. Simplement s'asseoir là, sur le talus d'herbe jaunie, et attendre de voir ce que les divinités cruelles comptaient faire de lui.

     En levant la tête, à travers la brume dorée que le vent soulevait de la sèche terre sableuse, il distingua une silhouette recroquevillée sur le bord de la route. Il raccourcit les rênes pour ralentir la jument qui ne demandait pas mieux. Les sabots déferrés traçaient en silence dans la poussière ocre de petits sillons irréguliers, tant la bête traînait les pieds.

     Le cavalier identifia une jeune fille, trop frêle, blottie dans des guenilles souillées, à demi couchée dans l’herbe brunie du talus. Elle affichait cet air perdu d'un être qui a cessé de lutter et se livre à une fatale destinée.

     L'homme ordonna d’abord à sa monture de s’écarter pour passer le plus loin possible de la pauvre créature. Il ne pouvait détacher ses yeux de la longue chevelure noir intense, collée par la sueur et la saleté au visage livide : une Soide, une sorcière, une menace. Comme tous les Araudéens, d'instinct, il honnissait cette race, mystérieuse et dangereuse, ce peuple maudit engendré par Nelzine, dieu de la nuit et de la mort. Alors qu'il arrivait à sa hauteur, il perçut ses grands iris violet foncé fixés sur lui. Mal à l'aise, il se demanda si elle comptait lui jeter un sort.

     Malgré sa défiance, la curiosité l'emporta. Il n'avait jamais vu de Soides autres que ceux, rares, mutilés, qui remplissaient le rôle d'esclaves auprès de certains puissants.

Puis, quelque chose le portait à oublier ses préjugés et ses réticences. Le désespoir autorise tout à celui qui n’a plus rien à perdre. Et ce même désespoir, il le devinait chez cette fille, faisant écho au sien, le touchant malgré lui. Au-delà de leurs races, ils étaient semblables dans leur malheur, miroirs l'un de l'autre dans une société qui ne voulait pas d'eux. Leurs regards se croisèrent et il se sentit aspiré par une mer inconnue. Il y lut une liberté insoupçonnée de lui, une sauvagerie pleine de violence et d’innocence à la fois, une féminité troublante. Bouleversé, son cœur chavira à ce spectacle poignant.       Elle était presque une enfant encore, mais l’expression de son visage, le mélange de peur et d’animalité contenu dans ses yeux l'atteignirent aussi sûrement et profondément qu'une flèche empoisonnée. Il devina en elle ce courage – que lui ne possédait pas – de vaincre l'adversité, une rage et une douceur à la fois qui lui épargnaient de devenir la proie du jeu malicieux des dieux. 

     Il l'avait crue semblable à lui. Il savait maintenant qu'il se fourvoyait. Elle représentait au contraire une force, un appui, le seul sans doute qu'il pût espérer recevoir un jour. Peut-être était-ce un piège posé sur son chemin par Nelzine, mais il n'en avait cure. Quand bien même cela serait folie, le pire qui pût lui arriver, il sut qu'il avait besoin d'elle.

     Troublé ainsi qu’un adolescent, le cœur battant trop fort, il ne voyait plus en elle qu’une femme, et, avec elle, les promesses d’immortalité portées par son sexe. Si elle n’avait rien en commun avec ces dames blondes et roses aux courbes épanouies dont on louait les beautés en Araldée, son éclat demeurait tel que ni la maigreur ni la crasse ne parvenaient à le ternir.

     Il réalisa qu'il ne pouvait plus simplement passer son chemin et l’ignorer. Pourtant, elle portait en son sein le germe de la souffrance, le souffle d’une malédiction, la menace de l'une de ces chutes dont on ne se relève pas. Accepter de voir en une créature démoniaque une égale, n’était-ce point faire injure à Adris, roi des dieux, créateur des Hommes ?

     Pourquoi s’en soucier ? pensa-t-il.

     Adris et tous les dieux du Nodius réputés bienveillants l’avaient abandonné depuis des années. Sans doute Nelzine n’était-il pas pire qu’eux.

     Silencieuse, elle leva un bras vers lui, comme si elle implorait son aide. Entre ses doigts naquit une lueur bleutée. La preuve de sa nature maudite de sorcière. Cela ne le repoussa pas. Au contraire. Il ne voyait qu'une chose : cette pauvre fille qui n'avait même plus la force de marcher, cette créature maudite, osait le regarder droit dans les yeux. Un être vivant attendait quelque chose de lui, pour la première fois depuis longtemps. Peu importait que ce fût une Soide.

     Un soupçon d'espérance naquit chez le cavalier, la possibilité d’un nouvel avenir. Bon ou mauvais, il s’en moquait. Leurs cœurs se parlaient. Devant cette fille fragile et superbe, le prix à payer pour oser braver les us et rompre le pacte avec les divinités ne comptait plus. Faisant fi des doutes, des conventions, des croyances, il descendit de cheval et lui tendit la main.